Rapport 2026 du Haut Conseil à l’Egalité sur l’état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste
Le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes est la première institution publique française à consacrer une analyse spécifiquement dédiée au masculinisme, défini comme un système idéologique structuré autour de discours voués à banaliser les violences faites aux femmes et à légitimer le passage à l’acte, discours qui, dans leurs formes les plus extrêmes, peuvent aller jusqu’à l’apologie du viol et du meurtre. Le HCE voit dans ce suprémacisme de genre une menace à l’ordre public et un enjeu de sécurité nationale.
Fondé sur une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3061 personnes âgées de 15 ans et plus, le rapport du HCE (> à lire ici) identifie deux formes de sexisme :
– le sexisme paternaliste (profondément enraciné et accepté), soit un sexisme faussement bienveillant du quotidien qui légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes. 23 % des personnes interrogées y adhèrent (27 % des hommes, 18 % des femmes), les 77% restants pouvant y souscrire ponctuellement.
– le sexisme hostile (minoritaire mais socialement prégnant et s’inscrivant dans une matrice idéologique transationale), qui est un sexisme violent, pouvant inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes, auquel adhère 17% des 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes.
Ce rapport démontre que les inégalités de genre continuent de se manifester dans la répartition inégale des tâches domestiques et les attentes liées aux rôles sociaux, et qu’elles ont même tendance à s’accentuer, en France, par rapport aux données antérieures – et ce dans un contexte international préoccupant (la stratégie de sécurité américaine publiée le 5 décembre dernier, qui vise explicitement à soutenir des changements de régime en Europe, conditionne l’aide américaine à une convergence idéologique avec les « valeurs » promues aux États-Unis). Ainsi :
– Les trois quarts des personnes interrogées considèrent que les femmes doivent être protégées et aimées par les hommes.
– 60 % des hommes pensent que « les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes », reflétant une vision du féminisme comme une menace pour les hommes.
– 40 % des personnes interrogées jugent que les femmes devraient cesser de travailler pour s’occuper des enfants.
– 24 % des hommes considèrent normal qu’une femme accepte un rapport sexuel par devoir ou pour « faire plaisir » à son partenaire.
– Plus de 18 % des hommes croient que « les femmes prennent les postes des hommes sur le marché du travail », une idée liée à la théorie du « remplacement » masculin.
De ce travail, il ressort également que :
– Les personnes qui utilisent les réseaux sociaux présentent, en moyenne, des niveaux de sexisme plus élevés, à la fois hostile et paternaliste, que celles qui ne les utilisent pas. Cette association est particulièrement marquée pour le sexisme hostile chez les utilisateurs de TikTok et de Twitter/X, quel que soit l’âge. Le rapport insiste sur le bombardement massif de contenus numériques dont les jeunes générations font l’objet, et identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes.
– Plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème dans la société.
– 75 % des femmes de 15-24 ans estiment qu’il est désavantageux d’être une femme.
Parmi les 25 recommandations du HCE, on peut citer notamment ceux-ci :
– Créer une catégorie autonome “masculinisme” dans les signalements pour suivre le phénomène.
– Intégrer le “terrorisme misogyne” dans les doctrines de sécurité, en lui accordant le même niveau de vigilance que les autres formes d’extrémisme violent.
– Confier au HCE, avec des moyens humains et financiers dédiés, la mission d’Observatoire national du masculinisme et des radicalisations sexistes.
